Et si vous appreniez la fabuleuse histoire qui émerge de votre verre de vin ?

À la Une

Dans un décor de conte de fée, ce récit est pourtant semé d’embûches, de choix à sens unique et d’appréhension. A l’instar de Saint-Exupéry, le vigneron est créateur, artiste de son temps. Il modélise la terre au fil des ans et « apprivoise » ses vignes au gré des conditions climatiques. Il est à l’origine du vin et de son goût tout en gardant une grande modestie au regard de ses bouteilles.

Beaucoup trop de personnes imaginent que nos belles grappes de raisin, fruitées et saines, apparaissent tel un champs de pâquerettes sauvages, sans intervention humaine. J’aimerais mettre en lumière, sur ce blog, tout ce qui entoure la naissance de ces baies, destinées à l’élaboration d’un élixir fabuleux et enivrant qui est le vin.

L’élaboration tant attendue du vin va donc tout d’abord dépendre essentiellement d’un travail de longue haleine à la parcelle. L’anticipation et l’observation des vignes par le vigneron sont, à mon sens, les maîtres mots d’une gestion acceptable du vignoble…

Je vais tenter de m’armer de curiosité pour vous apporter un maximum de connaissances, de compréhension sur le comportement de la vigne. Nous partirons à la découverte de l’écosystème qui l’entoure. La faune et la flore présentent, celles qui l’aident comme celles qui lui font défaut.

Au chai aussi, de très beaux trésors sont à découvrir, je vous ferais partager quelques techniques de vinifications, de la réception de vendanges à la mise en bouteille.

Et bien sûr, je vous ferais vivre le quotidien d’un vigneron au sein de son exploitation, ses ressentis, ses choix, ses peurs, ses joies, son talent, son savoir faire et son savoir être.

L’ensemble des mes anecdotes seront souvent racontées d’une façon nettement poétique, peut-être maladroitement, mais surtout avec le regard admiratif de la jeune passionnée que je suis en train de devenir… Une invitation à un périple viticole, une bouffée de lyrisme, et un verre de partage.

Bon voyage.

Publicités

Victimes de Mars

picsart_03-03-051514966034.jpg

 

Homme invisible durant l’hiver

C’est le jongleur des bois d’Automne

Des souches ridées, aux têtes filasses

Taillant les branches en bon coiffeur

 

Tantôt courbé, aux douleurs mornes

Dans ses bras drus, l’épée de fer

S’empoigne contre les bûches coriaces

Que caresse le vent du Nord

 

Homme sous la pluie et solitaire

En mine souffrante, Il ne trépasse

Et continue malgré l’écho

D’une tempête aux dents amers

 

Le sécateur comme seconde peau

Il coupe sous le tempo des basses

Lorsqu’une pensée de trop s’éloigne

La lame vient écorcher sa chair

 

Léchant son sang au creux des paumes

Regard aux cieux, la grêle menace

L’heure est venue de rentrer tôt

Le temps s’impose comme un calvaire

 

Homme tout petit, et si penaud

Face au fracas des billes austères

Tombent les bourgeons de nos minots

Bombardements, une vague de guerre

 

Sur les campagnes aux vignes hautes

C’est une récolte vaincue, à terre

Elle dégringole sous les coteaux

Soumise aux fins mots du tonnerre

 

Homme effondré, monte au caveau

Pour oublier, pleure une prière

Un verre de vin, un peu d’opium

Ayant le goût cru de la perte

 

Elise Rochais

Hiver charnel

img_20190201_2216021749769180.jpgIl arrive sur le sol craquelant, le souffle nuancé d’effort et de longueur. Il traîne sa botte jusqu’au bout du carré, un carré de verdure, d’herbes hautes, de lopins glacés. La tête dans son cou, enlacé d’une écharpe à gros points, il pense tout bas à ce qui l’attend là haut. Il regarde au ciel, le soleil est timide, tentant de percer, de fissurer, de briser ces nuages saupoudrés de gris, de blanc et de vapeur. Sa rêverie se tue par la douleur de ses mains raides et froides. Le vent cabosse ses phalanges, la brise austère les brûle. Il enfile ses gants, ni trop larges, ni trop fins, dit-il. C’est à ce moment qu’il n’a plus froid, c’est à ce moment qu’il se sent mieux, c’est à ce moment qu’il est heureux. Il faut dire qu’il se trouve noyé au fond des couches d’étoffes diverses. Son bonnet gratte ses cheveux, la pointe de ses chaussettes entre dans ses ongles, sa culotte étroite irrite ses cuisses, mais la satisfaction d’être protégé, au chaud dans ces épais tissus, n’altérera pas sa joie d’être ici. Il vérifie ses lames, tourne la poignée dans tous les sens et répare la ferraille. Il attache fermement les anses de son engin autour de ses épaules, traversant sa clavicule, descendant sur ses hanches et compressant son ventre. Il se penche enfin au pied de la souche, il observe, manipule avec ses gants fourrés, les sarments bruns et cassants. Le souffle plus court que d’habitude, il se concentre, étudie le meilleur point de coupe autour des bras du pion. Il élimine une à une les éffouilles se baladant inutilement au creux de l’écorce.

20170210_083116156436756.jpg

Avec des gestes à la fois délicats et tranchants, il taille au plus près du bois. Il taille et il fait des choix glorieux, signifiant à chaque césure que la future repousse en dépendra. Le temps s’effile. Il prend soin de ne pas blesser les petites boules cotonneuses autour des brins. Elles bourgeonneront bientôt ces petites boules, pour donner, au printemps, un feuillage verdoyant, des baies aussi colorées qu’une prune et aussi rondes qu’une bille de verre. Il taille et tout au long de la matinée, il s’en va répéter ces gestes, le visage durci par le froid, les pieds troublés.

Parfois, il ne sentira plus la présence de ses doigts, il attendra le frisson de son corps, en guise de défense naturelle et intime. Il secouera ses jambes tel un pantin, accoudé au piquet. Il taille et il laissera courir le temps, il n’en aura plus vraiment la notion. Il songera doucement à sa propre vie, à la bonne odeur de la poule au pot au dîner de ce soir, à ses fidèles chiens, aboyant d’excitation à l’approche d’un Week-End de chasse en forêt, aux prochaines vacances d’été avec son petit fils. Il mariera ses pensées à ses gestes devenus fluides, amples et presque inconscients maintenant.

La matinée s’achèvera d’un soleil caressant de ses rayons, toujours aussi timide, d’un vent toujours aussi mélodieux, d’une fraîcheur toujours aussi frappante du mois de février. Le vigneron sortira de la parcelle sans même se retourner, pourtant, d’une pudeur certaine, le paysage a changé.

 

Elise Rochais

Ton empreinte

picsart_12-12-09244189761.jpg

Prépare-toi, prend ta dernière inspiration

Celle qui fera grincer les tubes

Celle qui souillera les pistons

Ceux de la pompe que l’on dénude

Prépare-toi, glisse le long de ces parois

Enrobées de l’odeur tenace

Levure de pain, fruits de sous-bois

L’air te dérange, et te fracasse

Tu es parti, laissant derrière un tas de lies

Ayant l’allure d’une crème anglaise

Tous ces pigments aérobies

À la cerise ou à la fraise

Tu es parti, à l’ouverture des lourdes portes

Elles glissent, en torrent de piquette

Chemin traçant vers la comporte

Rythme coulant d’une raclette

L’éclaboussure au flanc des bottes

Maître de chai, heureux soudain

Lorsque ses doigts tachetés d’ocre

Marquent la signature du vin

                                                                                                                                 Elise Rochais


 

C’est seulement après la fermentation alcoolique et le travail quasi-inarrêtable des levures, que nous laissons place au moment du soutirage. Ce procédé consiste à transférer le vin, en totalité, dans une cuve secondaire, pour pouvoir le sortir de son contenant de base, afin d’éliminer les particules de fermentation tombées au fond de la cuve sous forme de résidus. Ces résidus que l’on appelle des lies, peuvent avoir des aspects différents, du blanc crème élastique, au violet, bleuté et granuleux… La découverte de ces lies alimente la surprise et le ravissement du vigneron lors de son soutirage, lui donnant parfois, déjà, le symbole de la qualité de son futur vin.

La maîtresse du vigneron [lyrique]

45805286_254688761853587_6380222683266678784_n

Il ose la regarder avec tant d’envie, il brûle d’un désir de la dévoiler aux autres, à ses enfants, à ses frères. Il sait pertinemment qu’elle obstrue ses pensées jusqu’au périmètre de son flux sanguin. Il en parle, il en joue, il en chante, il en vis. C’est cette chose qui le ramène au centre de ses décisions les plus vaines. La quitter est pour lui une affaire d’outre monde, une impossibilité, une perte de soi. C’est bien l’ensemble de son corps et la plus grand part de son cœur qui se plient sous sa puissance et son charme. Éternel. Pérenne. Emblématique.

Elle le rend grandit, jour après jour, mois après mois, millésime après millésime. C’est auprès d’elle qu’il oublie les rides traçantes sur son visage, dans l’angle de ses yeux, aux recoins de ses lèvres.  C’est auprès d’elle qu’il parvient à lutter contre les abîmes du temps, irréversibles pourtant. C’est auprès d’elle qu’il aime tendre un pied de nez à la vieillesse. Une vieillesse qui le ronge jusqu’au cylindre de son dos, le rendant tordu et parfois complètement raidi de fatigue. C’est auprès d’elle qu’il se fraie le chemin le plus proche vers la terre-mère, le socle de son territoire, son patrimoine, ses racines et sa propre histoire.

C’est auprès d’elle qu’il réalise les acrobaties des plus insensées de son métier, un brin burlesques, mais toujours adroites. Il jongle entre la ferraille, les clous et la boue. Il devient le funambule des larges tuyaux de récolte, l’équilibriste des échelles suspendues, des barriques instables et des cuves tronconiques. Il manie avec une précision d’archer ses machines viticoles. Il dresse ses tracteurs soumis et rugissants comme des lions accablés. Il projette, en bon cracheur de feu, les fluides de ses vins. Il fait s’envoler, au rythme des colombes, la quintessence de leurs arômes, encore timides, empli de sens.

C’est auprès d’elle que la vie prend d’une certaine manière un sens réel, figé. Elle n’est pas et ne sera jamais pour lui un simple souvenir, une bribe de l’esprit ou le sentiment éphémère d’un couple devenu frêle. Elle fait de lui le réel créateur de l’expression de ses goûts, de ses lubies. Elle se soumet à ses caprices de vigneron indécis et perfectionniste. Elle dépoussière son instinct sauvage pour la lueur du partage. Un partage qu’il aime  offrir aux inconnus, seulement curieux et envieux de sa relation intime. Il parle d’elle d’une chose voulue, immodérée et immodérable. « Elle est la patience », dit-il. Elle est la patience quand arrive le temps de l’hiver, l’époque de la sève descendante, le plongeon des feuilles d’automne aux pieds des souches, le froid glaçant l’extrémités de ses membres. « Elle est la force » dit-il aussi. Elle est la force au moment où les engins mécaniques viennent chatouiller la cheville des vignes, bousculer les troncs. Elle est la force, à l’heure ou l’énergie entière sert à donner des milliers de coups de sécateurs, entravant, si précis, la boîte crânienne des ceps. « Elle est l’absolue » dit-il enfin. Elle est l’absolue lorsqu’elle accouche d’un vin vermeille, généreux, personnel…

Idylle navrante pour la femme du vigneron, celle qui, par delà sa cuisine monotone, son bagage lourd de jalousie, son incompréhension, sait se taire face à l’homme qu’elle aime depuis toujours. Elle accepte cette chose comme une brique immense au coin de son cœur, qui prend place au centre de son couple, bandant le cercle de leur amour, trahissant tout son être, sans pouvoir lui en vouloir. Chose qui passe devant cette dame, sans une once d’empathie à son égard, finalement involontaire. Rien qu’une présence en bouteille et une saveur franche suffisent à l’intimider, à se replier. Auquel cas, elle lui succombe, tout comme le vigneron, parfaitement béat devant cet ange immatériel et sincère. Chose qui lui est fidèle et qu’elle rend infidèle. Ses jambes glissantes, sont corps gourmand et la droiture du verre le rend amoureux. La symphonie de son tintement quand l’ongle d’un pouce lui caresse le pied, le rend bête et ivre d’admiration.

Et sa femme, toujours sous une indirecte emprise, les observe tout deux, proclamant leur attirance. Elle marque d’un sceau l’arrêt de son mariage, le jour même où elle se rendit compte qu’il préférait ses nuits au luxe d’une cave brune, au confort d’un tracteur vibrant, à la sérénité d’un comptoir, aux danses nuptiales contre les souches, au claquement sensuel de la clé à molette… Elle devine l’intérêt inconditionné de son homme pour cette chose, son Graal, sa dulcinée. Et cette chose c’est elle, seulement elle, simplement elle : sa passion pour la terre, pour la vigne, pour le vin.

                                                                                                                                        Elise Rochais

Journal d’un jeune plant

« Aujourd’hui, c’est un peu la rentrée pour nous, les vignes. Oui c’est ça, un premier jour d’école. Vous savez ce moment excitant, parfois effrayant, mais dont tout le monde parle? Un jour unique, un condensé de joie, d’appréhension, une invasion d’imaginaire et d’incroyables rêves. Souvenez-vous de ce premier jour d’école, où l’on se demande réellement si l’on se sent prêt, si l’on est déterminé et assez mûr pour confronter un monde nouveau, sentir sur nous le poids des autres, briser notre carapace pour en faire découler le meilleur de nous-même…

IMGP0323
Jeune plant de Chardonnay – héros

Aujourd’hui, c’est le grand moment des vendanges. Ah non, pas pour moi! Pour ma mère, et toutes ces autres vieilles souches devenues durs de l’écorce avec le temps… Moi, je ne suis qu’une enfant, encore trop jeune pour être récoltée. Maman m’a dit qu’il fallait patienter encore trois belles années pour être enfin prête et affronter le monstre bleu. Comme j’ai hâte! Et puis de toute manière, je ne possède pas le trésor qui recouvre mon être, tant convoité par les hommes. Une sorte d’amas bleuté, ou doré, qui prend place au creux de mes bras, qui se développe en une multitude de perles rondes et pures. Elles brillent naturellement et se remplissent de sucre lorsque arrive le soleil. Il paraît que mes feuilles sont trop chétives et mes bois encore trop faibles pour en produire… Alors pendant ce temps, je pousse sur mes racines, je creuse tant que possible au centre de ma terre, mon support, ma nappe de lopins et d’ocre. C’est comme cela que je puise l’eau, cette source qui me fait grandir.

41913847_1934328793536153_5321864976854417408_n
Parcelle de Chardonnay – Prête à la récolte

Aujourd’hui, ma mère et ses vieilles branches, qui forment entre elles une parcelle de Chardonnay peu farouche et vigoureuse, ont été visitées par notre vigneron. Il souhaitait à tout prix savoir si le taux d’alcool potentiel de leurs perles était suffisant pour démarrer la récolte… Lorsqu’il est arrivé sur le sol, il s’est mis à retirer quelques une de ces perles pour les porter malicieusement à sa bouche, il restait étonnement concentré. C’est fous ce que l’être humain peu élaborer comme difformités avec son visage; on appelle cela des grimaces. Puis, avec sa main, une bille brillante entre le pouce et l’index, il la pressa d’une force crispante, bien maladroite. Il s’en est écoulé un jus étincelant, d’un jaune limpide, légèrement plus clair que la surface de la pellicule.

Il sourit.

: Soit un pépin s’était logé entre sa gencive et sa molaire, soit il demeurait véritablement comblé, une bonne nouvelle pour le gang des Chardonnay, pour qui la récolte est amorcée.


Au moment où le monstre bleu est arrivé, il était trois heure du matin. L’atmosphère était sage, le vent du nord murmurait au creux des feuillages, une grande sérénité régnait sur la parcelle. Lorsque le moteur s’est mis à crier, on entendit au loin un clappement d’aile, un vol d’oiseaux, peureux sans doute. Soudain, deux grands globes lumineux comme des phares de côtes, ont transpercés la parcelle de maman, le monde s’est éclairé. Sous un rythme battant, le géant avait une allure d’immense caisse bleue, portée par des roues noueuses telles des corps de chenille. Il avançait à toute allure; quatre kilomètres à l’heure, c’est énorme vu d’ici bas. Il faisait des vas et viens, en pressant le pas, d’un rang à l’autre. Les souches vibraient, le sol aussi. On pouvait sentir le claquement ferme des battants au flanc des troncs, on entendait les billes tomber au creux de l’insecte grandiose, on accusait les percutions des quelques branches craquantes de faiblesse.

Parfois, le moteur chuchotait au bout de la piquetée, on apercevait alors deux immenses bras métalliques se contorsionner pour déverser une nuée de perles d’or, détachées de leurs veines branches au fond d’un cadi jaunâtre, tracté par un engin bourru et bruyant.

Quand à peine une heure s’écoula, les deux molosses mécaniques partirent l’un après l’autre, laissant derrière eux une horde de vignes dénudées, ignorées par la saison chaude, rasées de leur plus belle providence.

Elle seront patientent désormais, ne pensant plus qu’à l’âge où tombera l’automne, le feuillage en cendre et la sève endormie.

Quand je serais grande je serais une vigne, et je tisserais des perles, comme maman. »


Le monstre bleu fait référence à la machine à vendanger, un engin essentiel au vigneron pour la récolte mécanique. C’est un instrument imposant, mais efficace. Rien ne vaut pour autant les fameuses vendanges manuelles qui sont, à mon sens, une source pure de convivialité et de respect du vivant.
Les perles sont évidemment représentatives des baies de raisins. Elles se doivent d’atteindre une maturité souhaitée par le viticulteur, qu’il décernera notamment par des prélèvements à la parcelle et des dégustations. L’objectif étant, avant de débuter une récolte, de trouver le parfait équilibre en sucre, acidité et alcool.

Réception de l’or vermeille

img_20180913_081155900870326.jpg
Billes de Syrah – 08.09.18

N’ayez pas peur. Passez votre bouche, juste ici. Venez goûter les perles du pressoir. Ressentez-vous le frisson de vos papilles vierges au contact du sucre, la lourdeur excitante d’un mélange fruité et frais à l’extrémité de vos lèvres? En belle lampée, on vous annonce un souvenir, un mot, un son… On atteint votre cerveau à la vitesse d’un battement de cœur, les idées fuses, les images s’usent

Que ressentez-vous ?
Moi, j’emporte cette liqueur au fond de mon palais, ma langue se souvient, le raisin croquant du début de la récolte, à l’aube, sous les cyprès. Elle se souvient de la pulpe criante d’arômes de mûres et de fruits des bois, le pépin qui craque et se dissous, ensablé, au fond de ma gorge.
Maintenant voilà le jus, un fabuleux résumé d’un périple aromatique prometteur. Un condensé de saveur à la lueur vermeille…

N’ayez pas peur. Penchez la tête, juste ici. Regardez cette robe en sucre, couler le long du métal froid, à l’ombre du pressoir. C’est ce jus d’une incroyable volupté, d’un éclat si pur, qui aime à provoquer l’envoûtement et l’honneur des hommes, auquel il offre un élixir flamboyant. 

picsart_09-12-10693269124.jpg

Permettez-moi un petit retour sur terre, une simple mise en lumière sur l’alibi de mes propos.

Ce cliché représente le moment phare du pressurage, d’une vendange fraîchement cueillie. Le jus qui s’en écoule abondement au dessous des lames du pressoir, est celui de la Syrah, une variété de raisin rouge à chaire blanche, caractéristique de la Vallée du Rhône mais également bien présente dans les vignobles Languedociens, comme ici, à Montblanc, au cœur de l’Hérault. Et comment ça marche, là bas? Évidement, il existe une multitude de façon de presser la vendange, et ce depuis des siècles. D’un foulage grossier aux pieds et à la force du corps, en passant par des engins plus ou moins automatiques, verticaux ou horizontaux, pneumatiques, à cliquets, à engrenages, à écureuil, à perroquet… J’en passe et des meilleures.

Au domaine des Chrysopes, le chemin houleux du raisin débute ici : Avant d’être misent en cuve, les baies récoltées mécaniquement, et déposées dans une benne, vont être déportées, à l’aide d’une vis sans fin, au centre d’une machine bien complexe. Sous le nom torturé de « fouloir-égrappoir », cet instrument bruyant va éclater les raisins pour dissocier la pulpe de la pellicule et ainsi facilité l’entrée des jus sans écraser les pépins, c’est ce que l’on appelle « foulage ». En parallèle, « l’égrappoir », une sorte de cylindre ressemblant à un immense tambour de machine à laver, va séparer, à un rythme plutôt soutenu, les baies de leur rafle. (La rafle étant le squelette végétal de la grappe).

C’est succédant ces deux étapes que l’ensemble des raisins, et parfois quelques malheureux escargots ô combien gourmands, se retrouvent pompés par une manche (un tuyau) en direction du pressoir pneumatique.

Le travail peut maintenant commencer.

Une fois rempli, cet imposant missile tout de fer vêtu, tournant sur lui même, va se gonfler de l’intérieur pour exercer une pression sur le chœur afin d’en extraire le maximum de jus. La pression sur le raisin est ajustée selon les désirs du vigneron. Il est nécessaire de  savoir que, plus la pression est forte, plus il y aura une tendance à extraire d’avantage de tanins et autres composés, provoquant, en surdose, des arômes végétaux peu agréables, notamment  une amertume disgracieuse et non souhaitée… Le pressurage peut durer des heures, toujours selon la tournure aromatique et colorante que souhaite le vinificateur. Une fois le pressurage terminé, l’ensemble de la cuve subit un passage au froid (6-8°c) afin de stabiliser le moût avant le grand départ… en fermentation.

Aujourd’hui, Miss Syrah se repose. Fini les remous des tuyaux frénétiques, fini le son fracassant des pompes électriques. Enveloppée très fraîchement par une couverture en inox, elle savoure paisiblement ses derniers moments en qualité de jus de raisin. Elle devient peu à peu vulnérable aux levures raffolant de ses sucres, rêvant de les fermenter. Bientôt, elle endossera le rôle de vin, mais le chemin est encore long et bien  imprévisible.

A suivre…